Le métier de sculpteur vu par Jean-Michel Klein

Jean-Michel Klein a été l’un des premiers apprentis de l’Atelier Thomas Vetter où il a passé son Brevet Professionnel de tailleur de pierre. Après des études à L’ACADÉMIE DES ARTS D’AVIGNON, puis des travaux sur les monuments les plus prestigieux de France, il savoure son retour à l’atelier de Thomasthal, avec l’opportunité d’entreprendre une sculpture monumentale de près de 2,4 mètres de haut. L’occasion de vous décrire dans les grandes lignes ce que représente le travail d’une œuvre sculptée.



Différences avec le tailleur de pierre

Le sculpteur utilise les mêmes outils que le tailleur de pierre, les mêmes gestes techniques et pourtant leur façon d’appréhender le volume est différent. Le tailleur procède par étapes successives en s’appuyant sur des tracés géométriques, sur des gabarits issus d’une épure (plan à l’échelle 1). Le sculpteur, procède lui aussi par étapes successives, mais ses repères sont basés sur un modèle souvent issu d’une esquisse.

Esquisses. Démoulage du modèle en argile pour réaliser le modèle en plâtre


Le sculpteur a le choix entre deux grandes approches

La première approche est la sculpture directe qui permet de réaliser soit la forme imaginée ou dessinée, soit de reproduire la copie d’un modèle existant. Dans le cas d’une copie conforme, cette méthode est hasardeuse, donc peu utilisée. Il existe une deuxième approche qui consiste non pas à sculpter directement la pierre, mais à réaliser d’abord un modèle en argile.

 

Dans tous les cas de figure, pour réaliser le travail de sculpture proprement dit, il est important de pouvoir s’appuyer sur des repères constitués par un ensemble de points qui, par leur topologie précise, marquent les contours exacts de l’œuvre finale souhaitée.

Epannelage du bloc de pierre

Le procédé technique

Quand il s’agit d’une approche directe, en particulier pour la reproduction d’une copie, plusieurs techniques sont possibles, comme la technique des trois compas, la technique de la cage, la technique de détourage par le profil ou encore la technique précise mais plus longue et plus laborieuse dite de « mise aux points » (utilisée dans le cas d’un modèle de même taille). Jean-Michel souligne que l’important, n’est pas seulement de poser un geste technique qui naturellement doit être parfaitement maîtrisé, mais de laisser exprimer en plus une intention, un ressenti ou quelque chose de cet ordre. Le résultat final peut s’en trouver transformé, plus vivant, plus réel.

Maîtriser la technique mais pas seulement

A ce propos, Jean-Michel rappelle que « l’art du sculpteur est d’arriver à se dégager de soi pour être constamment en empathie ». Il est donc important que le sculpteur soit investi, imprégné de la nature profonde de l’œuvre et donc de sa signification et du sens qu’il faut lui donner dès le démarrage du travail. N’est donc pas sculpteur qui veut, car la technique seule ne suffit pas.

Recherche des points de repère


Le processus créatif

Quand le sculpteur n’opte pas pour la sculpture directe, mais passe par la création d’un modèle préalable (voir photos ci-contre), ce travail est facilité par la démarche même qui consiste à se laisser progressivement habiter par l’œuvre que l’on veut créer et à traduire par des esquisses l’idée que l’on s’en fait. Après cette phase de maturation, le sculpteur peut commencer à créer un modèle en argile, de préférence dans une taille qui permet facilement de traduire et de reporter les mesures et les proportions finales. Dans l’exemple illustré ci-contre, la taille du modèle correspond à la moitié de celle de l’œuvre finale. Pour reporter l’ensemble des mesures, il suffit donc de les multiplier par deux.

le modèle

Le modèle réalisé en argile est souvent trop fragile pour être utilisé comme modèle de travail, surtout quand le temps de sculpture est long. C’est pourquoi, une fois terminé, il servira, à partir de son moule en terre ou en élastomère, à réaliser une copie en plâtre. L’élastomère présente plusieurs avantages : la rapidité d’exécution, la précision et la possibilité de faire plusieurs tirages avec le même moule. Le plâtre ainsi obtenu devient donc un modèle définitif et durable qui permettra au sculpteur de réaliser son œuvre.

L'oeuvre finale est deja dans la pierre, il suffit de la découvrir

Le travail sur la pierre se fait étape par étape. D’abord, il faut la dégrossir, c’est la phase de l’épannelage. Puis, le sculpteur repère dans l’espace les différents points de référence et les cherche en creusant la pierre. Une fois les différents points repérés, un travail d’évidement peut alors commencer et le sculpteur enlève la matière par approche progressive. Pour l’œuvre dont il est question dans l’exemple illustré ci-contre, seuls 30 points de repères ont été nécessaires, le reste est réalisé en taille directe. Et c’est là aussi que se mesure le talent, qui n’est pas seulement fait de technique mais aussi d’audace, celle d’affronter la pierre et d’oser la dégarnir pour, comme le dit si justement Jean-Michel, « découvrir la richesse des choses dans leur simplicité ». Sculpter c’est le courage d’oser, pas le geste trop timide, ni le geste de trop, mais le geste juste.